Quels métiers pour les élèves à l'ère de l'IA ?
L'IA, vers une jobpocalypse ?
C’est une expression reprise par bon nombre de médias anglo-saxons pour désigner la crainte d'un remplacement massif des emplois humains par l'IA : jobpocalypse.
Des chiffres alarmants
Si l’expression est osée c’est parce que certains chiffres donnent le vertige.
En 2023, une étude de Goldman Sachs estimait que l'IA pourrait affecter jusqu’à 300 millions de jobs. D'autres experts avancent qu'elle pourrait transformer près d'un emploi junior de bureau sur deux. Quant à Microsoft, l’entreprise a récemment publié les 40 métiers les plus impactés par l’IA, une liste des professions les plus exposées aux outils d'IA générative.
Bref, un tsunami. Mais en réalité, c’est un peu plus compliqué.
Lorsqu'on regarde l'histoire des innovations technologiques, un même constat revient : les métiers disparaissent rarement d'un bloc.
- Les tableurs n'ont pas supprimé les comptables.
- Internet n'a pas supprimé les journalistes.
- Les GPS n'ont pas supprimé les chauffeurs.
En revanche, tous ces métiers ont profondément changé. Et c'est probablement ce qui est en train de se produire avec l'IA.
Le vrai sujet n'est donc peut-être pas : Quels métiers vont disparaître ? mais plutôt : Quelles compétences ai-je besoin de développer pour savoir m’adapter aux changements ?
Une baisse du recrutement des profils juniors
Côté entreprises c’est vrai, certaines recrutent déjà moins de profils juniors.
En 2025, 1 employeur français sur 2 jugeait plus simple de former une IA que de recruter un jeune diplômé. Pourquoi former un débutant à rédiger des synthèses ou à réaliser des recherches documentaires quand une IA peut produire un premier jet en quelques secondes ?
Mais cette baisse du recrutement n’est pas sans conséquences. En images, ça donne ça :
Vous voyez le problème ? Si on recrute moins de débutants aujourd'hui, qui occupera les postes intermédiaires demain ? Qui deviendra chef de projet, responsable d'équipe ou expert métier quand les seniors partiront vers leur retraite champêtre ?
Bilan : oui l'IA pourrait réduire certaines portes d'entrée mais sans pour autant supprimer le besoin de professionnels qualifiés. Les entreprises découvrent déjà que réduire les recrutements aujourd'hui pourrait créer des difficultés demain.
Pourquoi le futur du marché du travail n’est pas encore écrit
L'orientation repose souvent sur une photographie du marché du travail. Le problème, c'est que notre paysage change vite. Très vite. Prenons un exemple.
Il y a quatre ans :
- Les IA génératives n'existaient pas ;
- personne ne demandait à une IA de préparer une séquence pédagogique ou de résumer un rapport de vingt pages.
- personne ne pensait même que c’était possible.
Aujourd'hui, ces usages font partie du quotidien de millions de personnes.
L'histoire des grandes innovations montre cependant qu'il existe souvent un décalage entre l'arrivée d'une technologie et ses effets réels sur la société. L'électricité, l'informatique ou Internet ont toutes mis des années, parfois des décennies, avant de transformer en profondeur les entreprises et les métiers.
L'IA pourrait suivre la même trajectoire.
Autrement dit, même si elle progresse à une vitesse impressionnante, il est encore trop tôt pour savoir précisément quel sera son impact sur le marché du travail.
De fait, il est difficile de savoir à quoi ressemblera le monde en 2035. Mais cela ne signifie pas que l'orientation est impossible. Cela signifie simplement qu'elle doit évoluer.
Comment préparer les élèves ?
La bonne nouvelle, c'est que certaines compétences semblent traverser toutes les projections sur l'avenir du travail. On vous en a listé trois.
1. Apprendre à travailler avec l'IA
Dans beaucoup de métiers, la question n'est plus : “humain ou IA ?” mais “comment l'humain travaille-t-il avec l'IA ? “
Les élèves devront apprendre à :
- formuler une demande claire ;
- vérifier une réponse ;
- repérer une erreur ;
- confronter plusieurs sources ;
- exercer leur jugement.
En d’autres termes, utiliser l'outil sans lui confier les clés de la maison.
2. Développer ce que l'IA ne maîtrise pas
L'IA sait rédiger un texte, résumer un document, générer du code, traduire du français à l’anglais, faire des calculs mathématiques… Mais l’IA reste un outil dénué de corps et d’intelligence émotionnelle.
De fait, les élèves peuvent se tourner vers six groupes de métiers :
- Santé et Soins ;
- Métiers Manuels Qualifiés ;
- Éducation et Petite Enfance ;
- Arts et Création ;
- Tech et Cybersécurité ;
- Leadership et Stratégie.
Findskill a publié en début d’année une liste de 50 métiers que l’IA ne remplacera pas tout de suite.
Une chose est sûre, plus les machines progressent, plus certaines compétences humaines deviennent précieuses :
- l'esprit critique ;
- la coopération ;
- la créativité ;
- la communication ;
- l'empathie ;
- la dextérité physique ;
- le jugement éthique.
Autant de qualités qui figurent déjà dans les objectifs de l'école.
3. Apprendre à apprendre
Pendant longtemps, l'école préparait les élèves à exercer un métier. Aujourd'hui, elle les prépare probablement à en exercer plusieurs.
Selon les parcours, certains outils, méthodes ou savoir-faire auront disparu avant même la retraite de nos élèves. La compétence la plus durable devient donc peut-être la capacité à apprendre, désapprendre puis réapprendre.
Une compétence que les enseignants travaillent déjà chaque jour, même si elle n'apparaît pas toujours dans les fiches métiers.
Conclusion
Il est encore trop tôt pour savoir à quoi ressembleront exactement les métiers qu'exerceront les élèves.
Une chose est sûre : l'École a un rôle clé à jouer pour les y préparer.
Comment ? En misant sur les compétences qui leur permettront d'évoluer dans un monde qui change : apprendre, s'adapter et développer leur esprit critique.