Témoignage de Madjid, prof de maths
Il s'appelle Madjid. Prof de maths depuis plus de 10 ans, il enseigne actuellement au lycée français de Manille après avoir exercé en Thaïlande et en Tunisie.
Depuis l'an dernier, ce globe-trotter utilise Ed pour l’aider à corriger ses évaluations.
Sa conviction profonde : « Si les élèves s'emparent de l'IA, je veux m'en emparer aussi ».
Interview
Ed : Madjid, peux-tu nous dire comment tu as découvert Ed ?
Madjid : C'est un de mes collègues qui m'en a parlé. Je crois qu'il l’avait découvert via une newsletter du Livre Scolaire. À la base, c'est surtout lui qui était à fond et au final, je pense que je l'utilise plus que lui aujourd’hui !
Ed : Qu'est-ce qui t'a donné envie de tester ?
Madjid : La curiosité autour de l'IA. J'ai un background d'ingénieur et j'enseigne aussi la techno et les SNT, donc je suis en plein dedans.
Quand l'IA a explosé en 2023, les élèves s'en sont servis très vite. J’ai pensé : si les élèves s'en emparent, j'ai envie de m'en emparer aussi.
Et puis je ne vais pas vous le cacher : corriger n’est pas la partie la plus sympa du job. Ça m’arrangeait bien qu’un outil m’aide à traiter la correction.
Ed : Comment se passait la correction pour toi avant Ed ?
Madjid : Avant Ed, j'étais un peu procrastinateur [rire]. Je rendais les corrections très tard aux élèves.
J'étais le prof qui pouvait remettre les notes de deux ou trois évaluations en fin de trimestre parce que je ne les avais pas corrigées en temps et en heure… Les élèves n'étaient pas toujours ravis.
J'en étais arrivé à me fixer des deadlines.
Ed : Et aujourd'hui, concrètement ?
Madjid : Aujourd’hui, la correction se fait en deux jours. La dernière évaluation, je l’ai mise sur Ed le mardi soir, le jeudi matin c’était corrigé.
En temps normal, j’aurais pris une heure, une heure et demie, pour corriger les 22 copies. Avec Ed, ça me prend 20 minutes ; 30 s’il y a des ajustements à faire. Quand je rends leur copie aux élèves, j’y ajoute de petites étiquettes avec leur identifiant, leur mot de passe et l’adresse de connexion, qu’ils collent dans leur cahier.
Comme ça, je peux leur rendre la copie non corrigée beaucoup plus vite. Ils font une première correction à la maison et ensuite, je leur partage la correction finale numériquement en leur disant : « c’est sur Ed, allez regarder ».
Ed : Est-ce que ça a changé ta façon de corriger ?
Madjid : Oui. Je me suis rendu compte qu'il y avait pas mal de subjectivité dans mes corrections.
Avant, j'excusais souvent les petites erreurs. Je me disais, « je comprends pourquoi cet élève a écrit ça, il a du mal en maths ». Dans un établissement AEFE, le français n’est pas la langue maternelle de beaucoup d'élèves. J'étais donc très indulgent sur la rédaction.
Aujourd'hui, je me dis qu'un petit 0,25 ou 0,5 en moins suffit à montrer qu'il y a une erreur. Évidemment, j’ajuste encore pour les élèves qui ont besoin d'un coup de pouce.
Je me suis également rendu compte que l'IA avait souvent raison, notamment sur la rigueur mathématique ou la rédaction. Lors de ma dernière évaluation, j’ai dû modifier peut-être trois questions sur l’ensemble du paquet. J’étais vraiment content du résultat proposé par l’IA.
Ed : Ce temps que tu gagnes, tu en fais quoi ?
Madjid : Je ne fais pas davantage d’évaluations papier mais ça m’a libéré du temps pour faire plus d’évaluations formatives sur d’autres sujets.
Par exemple, évaluer la compétence « chercher » avec des élèves qui viennent me présenter un problème.
J’utilise aussi beaucoup plus le jeu. Parce que j’ai plus de temps pour préparer mes séquences et chercher des ressources.
Ed : Et la remédiation, tu as eu l'occasion de tester ?
Madjid : C'est la prochaine étape. La première fois que j’ai testé, je ne pouvais pas choisir les élèves ; c'était pour toute la classe.
Mais j’ai découvert qu'on pouvait générer une activité directement à partir de l'analyse des savoir-faire, en ciblant les élèves en difficulté sur une compétence précise. Ça va vraiment m’aider.
Jusqu’à présent, ma remédiation consistait surtout à refaire faire l'évaluation pour augmenter la note.
Ed : Comment ton recours à l’IA a été perçu par les élèves et les familles ?
Madjid : Les élèves se sont fait assez vite à l'outil. J’ai passé du temps à expliquer le processus, à leur montrer que ce n’était pas l’IA seule qui mettait la note, mais l’IA et moi, ensemble, avec toujours une repasse de ma part.
Pour les parents, c'est plus contrasté. J'ai une classe où certains parents ne sont pas contents, notamment parce qu'ils ne comprennent pas bien l'outil.
Ed : Si c'était à refaire, tu ferais les choses différemment ?
Madjid : Je communiquerais plus avec les familles. En communiquant bien, on peut rassurer et montrer que l’utilisation de l’IA se fait dans un cadre précis, dans le respect des règles d’usage de l’intelligence artificielle et des RGPD, au sein de l’école.
Ed : Quelles fonctionnalités aimerais-tu voir arriver ?
Madjid : La génération d’une évaluation de rattrapage à partir d’une évaluation initiale. On pourrait voir comme ça si les élèves se sont améliorés.
J’imagine bien, dans l’avenir, un élève qui prend son sujet de remédiation, fait ses exercices et demande à Ed : « Comment je m’en suis sorti ? » Ed pourrait lui dire : « Là c’était bien rédigé, ici tu as fait une erreur ».
Ed : Tu continues avec Ed l'année prochaine ?
Madjid : J'aimerais bien ! L'année prochaine je rentre en France dans un établissement public. Ça m'étonnerait qu'ils utilisent déjà Ed mais j'en ferai la promotion auprès de mes collègues.
Ed : Que dirais-tu à un collègue qui hésite à se lancer ?
Madjid : De prendre le temps de tester. De ne pas avoir peur d'expérimenter.
Ed : Une dernière question : quelle place pour l'IA à l'école selon toi ?
Madjid : Je ne suis pas réfractaire aux changements technologiques. L'IA peut être utile à plein d'endroits. Moi, je l'utilise déjà comme un assistant, par exemple pour mettre en forme mes documents.
La correction par IA, c'est intéressant. Personne ne s'attend à ce que ce soit parfait tout de suite, mais il faut que la base soit solide
Ed : Merci Madjid pour ton temps et tes précieux retours !