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Manchots empereurs sur la banquise en lumière douce Crédit image : ChatGPT  (image générée par IA)
IA Réflexion

L’IA plus créative que l'humain ?

Rémi
Rémi

Nous, humains, avons un talent particulier : perfectionner les outils qui pourraient bien un jour nous dépasser.

En 1997, Deep Blue, un superordinateur créé par IBM, bat le champion du monde d'échecs Garry Kasparov en analysant 200 millions de positions par seconde. Vingt ans plus tard, AlphaGo, une IA développée par une filiale de Google, vainc Lee Sedol, l'un des meilleurs joueurs mondiaux de Go.

Aujourd’hui, une nouvelle victoire de la machine s’ajoute à son palmarès : une étude menée par des chercheurs canadiens, a confronté près de 100 000 participants humains à plusieurs modèles de langage (ChatGPT, Gemini, Claude…) sur des tâches de créativité standardisées.

Résultat ? L’IA serait en moyenne plus créative que les humains. « Horreur, malheur ! »

Heureusement, l’IA est encore loin d’atteindre le niveau des humains les plus créatifs. Voyez plutôt.

Un petit pas pour l’IA…

Concrètement, c’est quoi cette étude

Pour évaluer la créativité, les chercheurs ont demandé aux IA et leurs consorts humains de produire des idées originales, variées et pertinentes, à partir d’une même consigne. Parmi elles :

  • Ecrire un haïku
  • Rédiger un synopsis de film
  • Imaginer une micro-fiction

Ce type d’exercice permet d’évaluer ce qu’on appelle la pensée divergente, un processus de pensée utilisé pour produire des idées créatives en envisageant de nombreuses solutions possibles.

Verdict : oui, les IA produisent des réponses plus créatives que celles de l’humain moyen, mais elles plafonnent dès qu’on les compare aux humains les plus créatifs.

Autrement dit, si l’IA sait très bien faire preuve d’une créativité moyenne (au sens statistique), elle peine à sortir des sentiers battus, balisés par les données sur lesquelles elle a été entraînée. De fait :

  • Elle explore mal les zones vraiment marginales du sens,
  • Elle surprend rarement sur la durée,
  • Elle peine à produire une créativité incarnée, sensible, contextuelle.

À l’inverse, dans les productions humaines les mieux notées, un détail saute aux yeux : les humains les plus créatifs jouent avec l’ambiguïté, les ruptures, les non-dits (rappelez-vous comment la poésie a récemment fait bugger l’IA).

🐧 Bilan : là où l’IA combine, optimise, harmonise, les humains prennent des risques, acceptent l’étrangeté et produisent de l’inattendu.

Un grand pas pour l’humanité

L’IA ne connaît pas le terrain. Elle calcule. Et c’est notre chance ! Car nous pouvons apprendre à observer, détecter et comprendre ses logiques.

L’occasion idéale de remettre l’expérience humaine au centre.

Deux pistes pédagogiques pour explorer cette dimension avec vos élèves :

  • Exercer son œil
  • Faire de l’IA un allié

Exercer son oeil

Le site web Runway propose un exercice génial : comparer deux vidéos très courtes et déterminer laquelle a été produite par une intelligence artificielle.

Le principe est simple :

  • Deux vidéos de 5 secondes,
  • Deux visionnages possibles,
  • Pas de pause, pas de ralenti,
  • Une seule question à la fin : laquelle est artificielle ?

La méthodologie est volontairement rigoureuse. Des vidéos réelles issues de la base FILMPAC ont été sélectionnées, la première image de chacune a servi de point de départ. Cette image a ensuite été transformée en vidéo par IA, sans retouche ni post-traitement.

Le résultat est bluffant.

Une petite mise en bouche : trouverez-vous l’extrait généré par l’IA ?Une petite mise en bouche : trouverez-vous l’extrait généré par l’IA ?

Les indices qui trahissent l’IA sont extrêmement subtils : un mouvement légèrement trop fluide, une interaction physique un peu étrange, un détail qui “sonne faux”… mais sans jamais être évident.

Un excellent support pour la classe : faites passer le test aux élèves (de préférence sur ordinateur ou tablette), comparez les intuitions et analysez ensemble ce qui a mis la puce à l’oreille.

Une fois encore, ce ne sont pas les compétences techniques qui font la différence, mais la culture générale, l’observation du réel et la compréhension du monde qui nous entoure.

Cet exercice est aussi une bonne manière de sensibiliser les élèves aux enjeux liés au deepfake (les détournements d’image par IA).

Faire de l’IA un allié

Entre de bonnes mains, l’IA est un révélateur de créativité.

Des artistes comme Kelly Boesh et David Zauder s’en servent pour pousser toujours plus loin leurs explorations visuelles. L’IA est pour eux un véritable outil au service de leur création. Elle ne remplace pas leur vision. Elle l’amplifie.

En classe, on peut proposer :

1. Le défi “dépasser la machine”

On demande à l’IA de produire un texte ou une image. 

Les élèves doivent proposer une version qui apporte une dimension que l’IA n’a pas su intégrer : implicite culturel, référence locale, émotion vécue, humour de situation.

2. L’analyse critique inversée

On donne une production IA et les élèves jouent les jurés :

  • Qu’est-ce qui fonctionne ?
  • Qu’est-ce qui sonne faux ?
  • Que manque-t-il pour que ce soit vraiment marquant ?

Objectif : Ne plus se demander “qui est le plus créatif ?” mais qu’est-ce que la machine révèle de notre propre créativité ?

Conclusion

Dans leur étude, les Canadiens concluent : « La créativité n’est pas menacée par l’IA. Elle est mise à l’épreuve. Et c’est exactement ce dont elle avait besoin. »

Cette étude ne signe pas la fin de la créativité humaine. Elle en redessine les contours. Elle oblige à préciser ce que nous valorisons : l’audace, l’incarnation, le sens.

La créativité n’est pas menacée. Elle est challengée. Et ce défi tombe plutôt bien pour former les futurs créatifs de demain.

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