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Un feedback difficile pour ce manchot susceptible… Crédits photo : Long Ma sur Unsplash
IA Feedback

La mélodie du feedback

Rémi
Rémi |

“Aïe mais quelle horreur ce bruit !”, diriez-vous en portant vos mains à vos oreilles.

Quel bruit ? Ce son aigu et strident du micro que l’on connecte à l’enceinte. Il est dû à l’effet de Larsen, un des problèmes de sonorisation les plus élémentaires.

La cause ? Le feedback, une boucle sonore qui produit un son hurlant en se déplaçant encore et encore de manière amplifiée du micro à l’enceinte jusqu’à devenir insupportable.

En pédagogie, le feedback fonctionne de la même façon. Vous êtes le micro, l’élève l’enceinte, votre feedback le son. Si le réglage est mauvais, tout se dérègle : mal calibré, il devient inaudible ; mal formulé, il parasite la compréhension ; mal synchronisé, il arrive trop tard.

Alors, comment transformer ces remarques en une mélodie didactique qui guide les élèves vers la réussite ?

Un constat : un outil puissant

💡 Qu’est-ce qu’un bon feedback ?

Le feedback, c’est l’art de donner aux élèves un retour constructif pour les aider à progresser, en leur montrant où ils en sont et comment aller plus loin.

Pour qu’il soit efficace, il doit :

  • Être immédiat (ou rapide)
  • Être spécifique et constructif
  • Inclure des stratégies d’amélioration
  • Être appliqué aussi aux réussites et pas seulement aux erreurs

🔬 Ce que dit la recherche

Le feedback est un outil efficace dans l’amélioration des résultats scolaires. Deux chercheurs se sont particulièrement intéressés à ses effets : John Hattie et Stanislas Dehaene.

Dans Visible Learning (2008), Hattie classe 138 facteurs selon leur impact sur l’apprentissage des élèves​. Le feedback efficace (donné dans les conditions décrites ci-dessus) figure parmi les facteurs les plus influents et les plus marquants de cette étude.

De son côté, Dehaene, chercheur en neurosciences, dégage des éléments fondamentaux pour l’apprentissage, “les 4 piliers de l’apprentissage” :

  • L’attention
  • L’engagement actif
  • Le retour sur erreur (feedback)
  • La consolidation

L’étape du feedback est fondamentale car elle correspond à la manière dont fonctionne notre cerveau pour apprendre. Il établit constamment des prédictions et le retour sur ces prédictions (qu’elles soient correctes ou erronées) l’amène à s’ajuster, ce qui permet d’ancrer dans sa mémoire de nouveaux apprentissages.

Bref : le feedback est à consommer sans modération !

Pour aller plus loin

🛠 Boîte à outils pour l'enseignement et l'apprentissage, un PDF résumant l’intérêt et les effets du feedback en classe.

📽 The Power of Feedback, John Hattie, une conversation de 23 min sur le pouvoir du feedback entre le chercheur et un enseignant

🎙 L’engagement actif, la curiosité et la correction des erreurs, Stanislas Dehaene, un cours audio d’1h15 sur la notion de retour sur l’erreur.

 

Un enjeu : trouver la bonne fréquence

En classe, il est difficile pour les enseignants de trouver la bonne fréquence pour donner leur feedback :

  • Feedback trop tardif (évaluations de fin de chapitre) : l’élève est déjà passé à autre chose.
  • Feedback adjoint à une note : les élèves se focalisent sur la note au détriment des conseils.
  • Feedback trop générique et peu actionnable : les élèves ne savent pas quoi en faire pour progresser.

Ces difficultés sont notamment liées au temps de correction (un feedback détaillé est une charge de travail immense, tout comme multiplier le nombre d’évaluations) et au fait que les notes rassurent les élèves et leurs parents.

Résultat : le feedback efficace reste un idéal difficile à atteindre au quotidien mais pas impossible. Des solutions existent pour multiplier les occasions de feedback efficace :

  • Evaluations formatives régulières en classe (QCM, rituels de début de séance),
  • Exercices numériques avec retour immédiat à la maison,
  • Tutorat entre pairs,
  • Feedback rapide en classe à l’oral,
  • Remédiation (voir newsletter #4),

Une solution : l’aide (Ed ?) d’un LLM

Dans une précédente newsletter, on vous parlait du fonctionnement fascinant des LLM (large language models), ces IA spécialisées dans la génération de textes.

Parmi les nombreuses applications de cette technologie révolutionnaire, l’aide à la correction de copies deviendra un facteur-clé pour améliorer la qualité et la quantité du feedback des enseignants. Pourquoi ? Parce qu’elle va permettre de :

  • Réduire considérablement le temps de correction, permettant ainsi aux enseignants de proposer davantage d’évaluations formatives (les plus efficaces).
  • Proposer une analyse approfondie des copies des élèves, en donnant aux enseignants une idée précise des forces et difficultés de la classe et aux élèves des retours précis pour les guider dans leur travail.
  • Combiner son analyse à un outil de génération d’activités de remédiation personnalisée. L’enseignant pourra en quelques clics générer des activités parfaitement adaptées aux besoins de chacun de ses élèves.

Conclusion

Qu’elle grésille, se perde dans le bruit ambiant ou arrive avec un temps de retard, la résonance du feedback se règle. Bien accordée, chaque élève progressera à son rythme et l’IA deviendra pour les profs un précieux allié.

Alors, prêts à troquer les notes contre une partition pédagogique efficace ? Comme dirait la géniale Maria de La Mélodie du Bonheur Let’s start at the very beginning, a very good place to start”.

🎁 La Mélodie du Bonheur

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