L’homme sur la photo, c’est Thomas Iaconelli. Prof de français depuis presque 20 ans, il enseigne actuellement au lycée polyvalent Saint-Nicolas à Paris, dans le 6e arrondissement à des classes de seconde, de première et de BTS. C’est notre premier Edder à nous faire un retour sur le volet remédiation de notre IA. Et voici ce qu’il dit.
Ed : Bonjour Thomas. En quelques mots, qui êtes-vous ?
Thomas : Je suis professeur de lettres en classe de première STMG, de BTS industriel et de seconde GT. La seconde, c’est ma classe pilote pour Ed.
À côté de ça, je suis aussi formateur à l'ISFEC (Institut Supérieur de Formation de l'Enseignement Catholique) et je m’occupe de former les équipes pédagogiques sur l'IA. C’est dans ce contexte qu’une de mes collègues, ingénieure pédagogique sur l'IA, m’a parlé de Ed l'an dernier. Je me suis donc inscrit pour voir.
Ed : Qu’est-ce qui vous a fait essayer Ed pour la première fois concrètement ?
Dans mon établissement, les élèves ont rarement une appétence pour les lettres. J'ai des élèves qui ont de vraies difficultés dans l'écriture car ils écrivent peu. Ça ne veut pas dire qu'ils sont tous mauvais dans la matière mais ce n'est pas inné pour eux.
D’autre part, j’ai une grande proportion d’élèves qui ont des PAP pour dyslexie, dysorthographie, autisme, troubles de l'attention, hyperactivité… On se retrouve rapidement avec 7, 8, 10 élèves (et parfois plus) à besoins particuliers par classe.
La correction est donc très fastidieuse. Parfois il y a tellement d’erreurs dans une copie, qu’il m’arrive de perdre le fil des idées du texte. Je dois la relire deux, trois, quatre fois juste pour en comprendre le sens. C'est extrêmement chronophage, je peux y passer 25-30 minutes.
L’avantage de Ed, c'est que l’IA me propose désormais une première correction explicite et souvent complète de toutes ces erreurs Derrière, je lis une première fois la copie et je compare pour voir si je suis en adéquation avec ce qu’elle a corrigé. Si ça convient, je ne touche pas ; si ça ne convient pas, je réajuste.
Ed : Pourquoi avoir testé très vite la remédiation Ed ?
Je pense que l'outil remédiation, c'est ça qui fait le vrai plus de Ed. Parce que si la correction de copies c'est chronophage, la remédiation, c'est un enfer. Et pourtant, c'est vital. Si je n’en fais pas je mets les élèves en difficulté parce qu'ils ont des lacunes importantes dans la maîtrise de la langue. J’ai besoin de ça.
Mais avec tout ce qu'il y a à faire, c'est tellement compliqué de débloquer le temps suffisant pour le faire bien.
Ed : Qu’est-ce que ça change par rapport à ce que vous faisiez avant ?
Ed permet d’avoir une remédiation plus incarnée parce que l’IA se base sur les copies des élèves. C'est extrêmement précieux.
Dans les activités proposées, je retrouve des expressions ou des phrases extraites des copies d'élèves. Cela permet aux élèves de se réinterroger sur la pertinence ou sur l'impertinence de leurs propos de manière concrète. Ça leur parle davantage que de faire un exercice général.
Avant Ed, je demandais parfois à Gemini de développer un paragraphe avec un argument mal formulé, un deuxième dans lequel il manquerait l'exemple et un troisième qui serait parfait.
A partir de là, j’interrogeais les élèves sur la pertinence de l’argument, de ce qui manquait, etc.. Mais ce travail, créé par l'IA, ne se basait pas sur leur copie à eux, c’était impersonnel.
Ed: Pouvez-vous nous raconter une séance de remédiation récente ?
La maîtrise de la langue est un vrai sujet dans mes classes comme je le disais. J’ai eu l’idée de partir d’une rédaction corrigée par Ed pour générer des exercices ciblés sur l’orthographe. En 3 minutes j’avais une fiche toute prête. L’IA avait repris les copies et identifié les erreurs fréquentes et m’a proposé trois exercices ciblés avec une dictée.
C'est un gain de temps et d'énergie énorme. Avant, je ne le faisais pas, faute de temps dans la préparation et dans la mise en place. Maintenant je me dis qu’une petite séance de remédiation “maîtrise de la langue” de temps en temps, ça ne fait pas de mal et surtout, les élèves en ont besoin.
Ed : Qu’en pensent vos élèves ?
Pour les élèves que je prends en AP, j’en ai quelques-uns, évidemment, qui ne jouent pas le jeu et qui ne sont pas contents d'être là parce que c'est en plus. Mais ceux qui jouent le jeu, honnêtement, je trouve que c'est assez efficace. Là, ils ont les examens blancs la semaine prochaine. Je vais pouvoir voir si ça a porté ses fruits pour les élèves en question.
Ed : Comment préparez-vous une séance de remédiation avec Ed ?
Ce n'est pas bien compliqué. Je pars de l'analyse des résultats qu’a fait Ed (et que j’ai supervisés), je clique ensuite sur le savoir-faire que je souhaite retravailler avec les élèves. L’outil génère alors l'activité de remédiation.
Le paramétrage est très rapide. En trois minutes, on a la fiche.
Ce qui est appréciable c'est qu'on peut télécharger le document en Word, ce qui permet de le remettre en page si la police de caractère ne nous va pas par exemple. On peut aussi ajouter ou supprimer un exercice ou une phrase… c'est très malléable et c'est précieux parce que contrairement à un PDF on peut vraiment s’approprier le document.
Évidemment ça reste une IA et parfois, il y a des petites erreurs, des imprécisions de vocabulaire ou des choses qui sont moins pertinentes ou qui nous conviennent moins. L'avantage, c'est qu'on peut modifier.
Ed : Qu’est-ce que ça change par rapport à ce que vous faisiez avant ?
Avant Ed, je faisais de la remédiation en accompagnement spécialisé (AP) avec les moyens du bord. C’était laborieux et très généraliste.
Pour vous donner un exemple, pour un exercice donné, sur les quatre heures de remédiation que je passais avec les élèves, la première heure on revenait sur le devoir, je leur demandais de m'expliquer avec leurs mots ce qui n'allait pas sur la copie, c'est-à-dire reprendre mes appréciations et essayer de reformuler les choses et de corriger ce qui n'allait pas. Ensuite, sur les trois autres séances, je leur donnais la même chose à faire sur un texte différent ou sur un autre document. Je les accompagnais à chaque étape mais ce n'était pas très personnalisé.
Depuis Ed, je peux créer des exercices de remédiation plus adaptés pour les séances d'AP, et penser à des activités en classe entière ponctuellement. Après un devoir, je fais une séance de remédiation collective pour les faire revenir sur leurs erreurs.
Ed : Quels formats de remédiation Ed avez-vous testés ?
Pour l'instant, j’ai pas mal testé la remédiation en demi-groupe de classe. Je génère des exercices qui synthétisent les principales erreurs du groupe et je les propose en format guidé avec moi ou en autonomie.
J’aimerais maintenant tester la remédiation personnalisée par élève, celle qui se base uniquement sur la copie de l'élève. C’est quelque chose que je trouve vraiment prometteur ! Parce que ça veut dire que je vais faire travailler l’élève uniquement sur ses erreurs à lui et pas sur celles des copains. Y compris un bon élève.
Cet aspect de la remédiation me plaît bien et ça ne me gêne pas de « perdre » ce temps-là si c'est pour gagner en efficacité avec l'élève. Ce qui m'intéresse, c'est le résultat final et que ça serve aux élèves. Je ne vais avoir que des stars, ils vont devenir excellents (rire). Et c'est le but qu'ils réussissent et qu'ils y arrivent.
Ed : Avez-vous observé des réactions ou des changements chez les élèves ?
Je trouve que mes élèves sont plus rigoureux dans l'application des méthodes. C'est un des problèmes majeurs qu'ils ont. Souvent ils ont les idées mais ils ne sont pas capables de respecter la méthode à suivre. Et je trouve que ces activités de remédiation ça leur permet de mieux maîtriser ça.
Ed : Quelles sont les limites aujourd’hui ?
Ed ne dispose pas du cours de l'enseignant, c'est quelque chose qu'on pourrait ajouter dans le futur, pour améliorer la remédiation. Parce qu'à ce stade l'IA ne sait pas ce qui s'est passé en classe. Donc, sur certains savoir-faire, elle génère des questions de connaissances probables sur le contenu de l'évaluation mais elles n’ont parfois pas (encore) été étudiées.
Ed : Si vous deviez résumer en une phrase ce que Ed vous permet de faire aujourd’hui, que diriez-vous ?
De la remédiation sur-mesure et incarnée que je peux m’approprier et rapidement exploiter.
Ed : Merci Thomas.