On ne va pas se mentir. Pour fonctionner, l'IA a besoin d'énergie. Beaucoup d’énergie. Derrière chaque prompt se cachent en effet des data centers, ces immenses infrastructures qui hébergent les modèles et traitent nos requêtes, des plus essentielles aux plus saugrenues, de jour comme de nuit.
Le sujet revient régulièrement dans les médias et les chiffres qui l’accompagnent sont toujours impressionnants.
Voyez par exemple : à l'échelle mondiale, la consommation électrique liée aux data centers IA pourrait passer de 50 TWh en 2023 à 554 TWh en 2030. Certaines projections de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) évoquent même près de 945 TWh pour l'ensemble des centres de données. C’est un peu plus que la consommation annuelle du Japon.
Gloups...
Alors oui, comme toutes les industries, l'IA n'est pas neutre pour l'environnement. Ça ne veut pas dire pour autant qu’elle n’y a pas sa place.
Lorsqu'on parle de l'impact environnemental de l'IA, on évoque d’abord sa consommation d'électricité. C'est logique.
Mais toute l'électricité consommée par les data centers n'est pas issue d'énergies fossiles. Non. Aujourd'hui, environ 27 % de l'électricité utilisée par les centres de données dans le monde provient déjà de sources renouvelables (solaire, éolien, hydraulique), une part appelée à progresser dans les années à venir. Un rapport récent de l'AIE estime même que près de la moitié de la croissance future de la demande électrique des data centers pourrait être couverte par les énergies renouvelables.
Même constat du côté de l'eau.
De plus en plus de centres de données prennent conscience de leur consommation d'eau et se tournent vers des solutions de refroidissement en circuit fermé ou sans eau.
C’est ce qu’a constaté TechUK, qui a publié en 2025 et en collaboration avec l'Agence de l'environnement britannique, un rapport sur la consommation d'eau des centres de données. Les chiffres sont encourageants : plus de 51 % des 73 centres de données utilisent des solutions de refroidissement sans eau, et 89 % des installations interrogées mesurent leur consommation d'eau ou déploient des systèmes qui ne nécessitent pas d'eau pour le refroidissement.
Autrement dit : oui l'impact environnemental de l'IA est réel, mais il ne se résume pas aux chiffres les plus spectaculaires qui circulent en ligne.
Le vrai sujet n’est pas devons-nous boycotter l’IA, ou l’abandonner. Mais plutôt à quoi sert l'énergie que nous consommons ?
L'IA n'est pas seulement un nouvel outil numérique. C'est une révolution technologique comparable à l'arrivée d'Internet.
Le défi : déterminer quels usages méritent réellement les ressources qu'elle mobilise. Pour tenter d’y répondre, la BPI a rédigé en avril dernier un rapport sur l'impact environnemental de l'IA.
La bonne nouvelle ? Être sobre ne veut pas dire culpabiliser sur chaque requête. Ce sont des réflexes simples, dont les plus efficaces ne sont pas forcément ceux qu'on imagine.
1. Gardez votre matériel plus longtemps. C'est le levier numéro un, et le plus contre-intuitif dans une newsletter sur l'IA. Le dossier de la BPI montre que l'essentiel de l'empreinte numérique se joue sur la fabrication des appareils. Un ordinateur ou un téléphone gardé cinq ans au lieu de trois pèse infiniment plus dans la balance que toutes vos requêtes réunies. Le geste le plus écologique est parfois de ne rien changer.
2. Réservez la génération d'images par IA aux cas où elle apporte vraiment quelque chose. Générer une image coûte beaucoup plus d'énergie qu'une réponse textuelle. Pour illustrer un diaporama, les visuels des banques d’images libres de droit sont parfaits. Générer dix variantes d'une illustration “pour voir”, amplifie rapidement l'effet rebond et porte atteinte aux droits des auteurs sur lesquelles les images sont entraînées sans autorisation.
3. Constituez-vous une bibliothèque d’exercices, plutôt que tout régénérer. Vous avez obtenu une bonne batterie d'exercices différenciés, un modèle de consigne adaptée dyslexie, une trame de séquence qui fonctionne ? Conservez-les dans un dossier ou un Drive et réutilisez-les l'année suivante. Le travail le plus sobre est celui qu'on ne refait pas ! et en prime, vous gagnez du temps. C’est ce qu’on fait chez Ed avec la remédiation, qui utilise et reprend en grande partie une banque d’exercices et d’images vérifiées.
Et au quotidien ?
Deux petits gestes qui ne coûtent rien :
Chez Ed, on est convaincus que l'avenir ne se joue pas entre rejet et adoption aveugle de l'IA. Il se joue dans la recherche d'usages utiles, proportionnés et socialement bénéfiques.
C’est pourquoi, lorsque nous développons nos outils, nous nous posons systématiquement plusieurs questions : cette IA aide-t-elle réellement les enseignants à accompagner leurs élèves ? Favorise-t-elle l'inclusion ? Apporte-t-elle une valeur pédagogique tangible ? Utilise-t-elle le moins de données possibles et le modèle le plus adapté au niveau de raisonnement requis pour cette tâche ?
L'enjeu n'est pas d'utiliser moins d'IA à tout prix mais d'utiliser la bonne IA, pour un besoin juste et au bon moment.
Pendant des années, la sobriété numérique consistait à fermer les onglets inutiles et à éviter les pièces jointes de 25 Mo.
L'arrivée de l'IA nous oblige à aller plus loin. Non pas en renonçant à ces outils mais en apprenant à nous poser une question simple : “Cette requête vaut-elle vraiment le coup ?”
📚 ComparIA, l'outil pédagogique du ministère de la Culture qui permet de comparer plusieurs IA conversationnelles sur une même question.
📚 Éduquer les élèves à la sobriété numérique, un dossier du Réseau Canopé.
📚 Rapport 2025 de l'Agence internationale de l'énergie : Energy and AI.